Voix et Collectivités Nordiques

Les Autochtones composent la vaste majorité de la population dans l’Arctique canadien. Ce sont principalement des Inuit et des Inuvialuit, parents avec les Iñupiat et les Yupik de l’Alaska et de la Russie et avec les Kalallit du Groenland. Plus de 36 000 Inuit et Inuvialuit habitent les territoires inuits du Canada, désignés collectivement par l’appellation Inuit Nunangut. En inuktitut, cette expression signifie « terre, eau et glace ». D’autres peuples autochtones dans l’Arctique canadien incluent les Gwich’in du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, les Innus du Labrador et les Cris de la baie d’Hudson.

Le territoire de l’Arctique canadien est administré conformément à quatre accords de revendication territoriale inuite [collectivités arctiques] conclus avec le gouvernement du Canada. Ces accords divisent le territoire en les quatre régions suivantes :

  • Région désignée des Inuvialuit
  • Nunavut
  • Nunavik
  • Nunatsiavut

Les accords de revendication territoriale créent des organisations avec des Inuit ou des Inuvialuit, jettent les bases d’un mécanisme de sélection et de propriété des terres, établissent des conseils de cogestion et d’autres organismes de gestion des ressources naturelles et définissent la relation future entre les instances autochtones et le gouvernement du Canada.

Mary Simon, présidente d’Inuit Tapiriit Kanatami, un organisme inuit national, explique l’importance de ces revendications territoriales:

« Les quatre régions créées par l’Accord sur les revendications territoriales des Inuit forment une chaîne ininterrompue qui définit les droits des Inuit et les arrangements juridictionnels à l’échelle de l’Arctique canadien, depuis la frontière de l’Alaska jusqu’au Nunatsiavut, au Labrador. Ces accords de revendication territoriale reconnaissent que l’Arctique est le berceau ancestral et contemporain du Canada. Nous invitons d’autres à travailler avec nous pour développer ce berceau à l’avantage mutuel des Autochtones et des autres Canadiens, dans un esprit de respect total et de véritable partenariat. » (traduction libre)

– Passage cité d’Inuit Tapiriit Kanatami

Inuvialuit

Les Inuvialuit sont les 3000 Inuit habitant six collectivités sur la côte des Territoires du Nord-Ouest et l’extrémité ouest de l’archipel de l’Arctique. C’est un projet phare d’histoire orale ayant permis de documenter l’utilisation et l’occupation ancestrales de la région qui a mené à la signature de la Convention définitive des Inuvialuit de 1984 au terme d’une décennie de négociations. Cette convention a créé la région désignée des Inuvialuit, couvrant 906 000 kilomètres carrés (350 000 milles carrés) de terres et la totalité des eaux canadiennes de la mer de Beaufort. Les Inuit administrent cette région conjointement avec le gouvernement fédéral. La convention comportait également une contrepartie financière et la cession de 91 000 kilomètres carrés (35 000 milles carrés) de terres aux Inuvialuit.

La Société régionale inuvialuit (SRI) est propriétaire de certaines terres dans la région et gère plusieurs programmes. De plus, la convention prévoit une cogestion poussée et investit le conseil de gestion du gibier des Inuvialuit, le comité mixte de gestion des pêches et d’autres conseils de révision environnementale chapeautés par un secrétariat conjoint de droits et de responsabilités de consultation.

Nunavut

En 1993, le Canada a conclu des négociations sur des revendications territoriales avec Nunavut Tunngavik Inc. (NTI) et consenti à créer un nouveau territoire administratif, le Nunavut, au centre de l’Arctique. Le gouvernement du Nunavut a été établi en 1999. Le territoire du Nunavut couvre 20 pour cent de la masse terrestre du Canada et comprend plus de la moitié de sa ligne de côte.

Au total, 25 collectivités comptant une population totale de 22 500 Inuit sont parsemées sur les deux millions de kilomètres carrés du Nunavut. Les Inuit sont propriétaires d’un total de 356 000 kilomètres carrés (137 000 milles carrés) et ils gèrent le reste du territoire conjointement avec le gouvernement fédéral.

L’accord de revendication territoriale a reconnu les droits des Inuit de chasser les animaux sauvages, a aménagé trois parcs nationaux, a créé un fonds en fiducie et a consenti aux Inuit une part des redevances perçues sur l’exploration minérale, pétrolière et gazière sur les terres de la Couronne fédérale. De plus, la convention a créé plusieurs conseils de gestion des ressources et de la faune appelés des instituts de gouvernement public, dont le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut et la Commission d’aménagement du Nunavut. Bien que la convention prévoie aussi la création du Conseil du milieu marin du Nunavut pour permettre aux organismes de gouvernance publique de coordonner des politiques et des questions maritimes, le gouvernement fédéral n’a jamais octroyé de fonds à ce conseil.

Nunavik

Plus de 9000 Inuit habitent 15 villages le long de la baie d’Ungava, du détroit d’Hudson et de la baie d’Hudson sur le territoire du Nunavik dans le Nord québécois. Ce territoire s’étend sur 660 000 kilomètres carrés (225 000 milles carrés), soit le tiers du territoire de la province de Québec. Pourtant, aucune route ne relie le Nunavik au sud du Québec ou les différentes collectivités entre elles. C’est en 1978 que le Québec a reconnu pour la première fois les droits inuits au Nunavik dans le cadre du règlement d’une poursuite intentée par les Cris et les Inuit pour contester l’immense projet de développement hydroélectrique de la baie James.

C’est la Société Makivik qui gère les fonds du patrimoine versés aux Inuit en vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Nunatsiavut

En 2005, l’Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador a établi la région visée par le règlement des Inuit du Labrador. Cette région s’étend sur 72 500 kilomètres carrés (28 000 milles carrés). Quelque 2900 Inuit habitent six collectivités le long de la côte nordique du Labrador. Cette région est maintenant gérée par le nouveau gouvernement du Nunatsiavut.

Le gouvernement du Nunatsiavut a mené des évaluations des eaux marines sur son territoire dans l’optique d’y identifier des zones écosensibles et des connaissances traditionnelles sur l’utilisation de ces eaux par les chasseurs et les pêcheurs. Avant que l’industrie de la morue de l’Atlantique n’ait été décimée par la surpêche dans les années 1990, les usines de transformation du poisson étaient les principaux employeurs dans les cinq villages inuits situés à proximité des Grands Bancs.

2010 a été l’Année des Inuit.