La mer de Beaufort

Point chaud de productivité biologique, les eaux canadiennes de la mer de Beaufort s’étendent sur plus de 833 000 kilomètres carrés (322 000 milles carrés) au large des côtes des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. Des nutriments charriés par l’océan Pacifique se mêlent aux panaches du fleuve Mackenzie – la voie d’eau la plus riche en sédiments de l’Arctique – dans les eaux moins profondes d’un plateau continental. Des polynies – de vastes étendues d’eau entourées de glace de mer – comme celle du cap Bathurst dans le sud-est de la mer de Beaufort représentent un habitat essentiel pour des espèces qui dépendent de la glace. En conséquence, les eaux canadiennes de la mer de Beaufort abritent les plus grandes populations de bélugas de la planète et représentent un des principaux points d’arrivée pour plus de 10 000 baleines boréales migratrices. Au total, 71 espèces de poissons – dont le crabe à pois, le loup, la morue polaire, l’omble chevalier, le cisco, le grand corégone et le hareng du Pacifique – nagent dans ces eaux. Les estuaires, terres humides et côtes de la mer de Beaufort représentent une destination internationale pour des millions d’oiseaux de mer, dont le canard pilet, la bernache cravant, le harelde kakawi, le guillemot de Brünnich et la petite oie des neiges. Trois grandes aires dans le delta du fleuve Mackenzie sont reconnues à l’échelle internationale parmi les terres humides les plus productives de la planète.

Slide Show: The Bounteous Beaufort: Inuvik to Herschel Island

La mer de Beaufort assure la subsistance spirituelle et physique de populations autochtones depuis des millénaires. Six collectivités Inuvialuit continuent d’y chasser, d’y pêcher et d’y récolter les richesses biologiques. Cependant, les changements climatiques altèrent l’équilibre écologique de la mer de Beaufort de façons sans précédent dans l’histoire de l’humanité, réchauffent les océans et font fondre la banquise. Même les scientifiques et les chasseurs Inuvialuit ne savent pas comment la restructuration de l’écosystème modifiera la mer de Beaufort au cours des prochaines décennies.

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Mackenzie River Delta

© Oceans North

La fonte de la glace ouvre la voie à de nouvelles activités industrielles dans la région. De grandes sociétés internationales ont récemment acheté des concessions pétrolières et gazières en zone extracôtière. Bientôt, des routes de navigation internationales pourraient être ouvertes. La pêche commerciale dans la mer de Beaufort est une autre possibilité future puisque des espèces marines migrent de la mer de Béring, une des pêcheries les plus fertiles de la planète, vers le Nord.

La Convention définitive des Inuvialuit de 1984 a été la première revendication territoriale réglée au nord du 60e parallèle au Canada. En vertu de cette convention, les Inuvialuit ont le droit de participer pleinement aux décisions touchant la conservation et le développement économique de la mer de Beaufort. Ils y participent par l’entremise de la corporation régionale des Inuvialuit et quatre conseils de cogestion créés à la suite de la signature de la convention définitive.

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Beaufort Sea

Arctic loon and chick

© R. Bergman, USFWS

Un de ces organismes, le Comité mixte de gestion des pêches, a entamé des discussions avec des collectivités Inuvialuit sur un plan de gestion des pêcheries commerciales axé sur la prudence pour composer avec les effets des changements climatiques. L’Arctique est une des rares régions sur la planète où la surpêche ou la pêche à pleine capacité à des fins industrielles ne pose pas encore problème. Bien qu’aucune pêcherie commerciale ne soit active dans la mer de Beaufort, la région suscite l’intérêt d’entreprises cherchant à exploiter de nouveaux marchés.

Récemment, le Comité sénatorial permanent des pêches et des océans a publié un rapport appuyant cette approche :

« Le comité recommande que le gouvernement du Canada, de concert avec les Inuvialuits, élabore une politique concernant les activités futures de pêche dans la mer de Beaufort. À cet égard, le Canada devrait envisager un moratoire sur la pêche commerciale dans la mer de Beaufort (comme dans l’Arctic Fishery Management Plan des États-Unis) du côté canadien de la frontière maritime entre l’Alaska et le Yukon, à l’ouest du 141e méridien. »

Un plan de gestion des pêcheries commerciales axé sur la prudence dans les eaux canadiennes de la mer de Beaufort complémenterait la décision prise par l’administration Obama, en août 2009, d’interdire les eaux américaines adjacentes dans l’Arctique à la pêche commerciale. Cette décision a reçu l’appui de groupes voués à la conservation, de scientifiques, de l’industrie de la pêche commerciale et de collectivités et d’organismes Inupiat en Alaska, dont la Conférence circumpolaire inuite, l’arrondissement Northwest Arctic et la ville de North Slope.

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Marine Conservation in the Bering Sea

Ribbon seal lays on ice in the Bering Sea

© B. Christman, NOAA

Solution nordique

Océans Nord Canada est favorable à l’adoption d’un plan de gestion des pêcheries commerciales dans la mer de Beaufort qui interdirait la pêche commerciale dans la région le temps que des scientifiques et des Inuvialuit déterminent si et comment la pêche commerciale peut être autorisée sans nuire à l’écosystème changeant de l’Arctique ou aux revendications territoriales des Inuvialuit.

 

Endnotes:

Beaufort Sea Partnership. 2008. Social, Cultural and Economic Overview and Assessment Report for the Beaufort Sea LOMA. Social, Cultural and Economic Working Group.

Carmack. E. C. and R. W. Macdonald. 2002. Oceanography of the Canadian Shelf of the Beaufort Sea: A setting for Marine Life. Arctic. 56(1):29-45.

Cobb D. et al. 2008. Beaufort Sea Large Ocean Management Area: Ecosystem Overview and Assessment Report. DFO, Canadian Technical Report of Fisheries and Aquatic Sciences 2780.

Moore, S.E. and R.R. Reeves. 1993. Distribution and movement. In: J.J. Burns, J.J. Montague and C.J. Cowles (eds) The Bowhead Whale, pp. 313-386. Society for Marine Mammalogy, Special Publication No.2, Allen Press, Lawrence, Kansas.

Mueter, F. and M. Litzow. 2008. Sea Ice Retreat Alters the Biogeography of the Bering Sea Continental Shelf.  Ecological Applications 18, no. 2: 309-320.